• Lisa Heinrich

Restriction cognitive : de quoi parle-t-on ?

Dernière mise à jour : 1 oct. 2021

Dans cet article :



Cet article traite majoritairement de l’alimentation.

Alors, soyons clairs dès le départ : je ne suis pas nutritionniste ou diététicienne, mais il m’a semblé important d’évoquer ce sujet, si souvent lié à la pratique de l’activité physique. Qu’on le veuille ou non, tout est lié. L’activité physique n’est pas en reste puisqu’à elle seule, elle ne peut pas être la condition sine qua non du bien-être d’une personne.


Qu’on souhaite prendre un nouveau départ, une bonne résolution, se reprendre en mains, cela passe souvent par l’alimentation. « S’alimenter plus sainement » arrive souvent en tête de liste… Fini le chocolat, les pizzas, les fast-food. J’entame une cure détox et j’enfile mes baskets dès lundi !



Définition de la restriction cognitive


Quel risque dans tout ça ? Celui de tomber dans la restriction cognitive.

La restriction cognitive est une notion pas si récente puisque les premiers spécialistes à en parler datent de 1980. Pourtant, ce mécanisme est encore peu connu et peu appliqué par les professionnels de la nutrition.

Voici la définition de la restriction cognitive : « Intention consciente de restreindre ses apports énergétiques dans le but de perdre du poids ou de ne pas en prendre. »


Nos croyances alimentaires




Pour être plus claire : on veut manger sainement et on se fie à nos croyances en pensant manger mieux. Un exemple concret de croyance : « manger mieux c’est manger sans gluten ». Et bien non, pas forcément… D’une part parce que l’alimentation sans gluten n’est pas forcément adaptée à votre métabolisme (on ne le répètera jamais assez, chacun est unique) et d’autre part parce qu’on se rend compte finalement que certains aliments sans gluten sont au final plus nocifs pour la santé que des aliments qui en contiennent.

Ce sont donc ces croyances, ces règles, qui vont diriger votre comportement alimentaire quand vous êtes en situation de restriction cognitive.


D’autres exemples de croyances alimentaires qu’on connait tous et qu’on essaie plus ou moins d’appliquer (même si la plupart du temps on ne sait pas pourquoi) :

  • Il faut manger 3 repas par jour (et surtout léger le soir !)

  • Il faut manger à heure fixe

  • Sauter le petit déjeuner fait grossir, et manger le soir a le même effet

  • Il existe des aliments à calorie négative (le fait de manger ces aliments nous permets de dépenser plus de calories à les digérer qu’à les ingérer)

  • Les bons/mauvais aliments (le citron « brûle-graisse » …)

Difficile à croire, mais il ne s’agit là que de croyances populaires, il n’y a pas de vérité scientifique derrière.


La notion de plaisir


Autre risque de le restriction cognitive : l’anesthésie des sensations physiologiques de faim et de satiété.

Au début, vous décidez de manger différemment.

Vous avez donc ces sensations de faim, de pizza, de « gras », mais vous décidez de ne pas y répondre parce que « vous n’y avez pas droit ». Parfois parce que n’est pas l’heure, que vous venez de manger un encas et que logiquement vous de devriez pas avoir faim à ce moment.

Au fur et à mesure que s’installe la restriction cognitive vous perdez donc ces sensations de faim et de satiété.


Ces croyances alimentaires vont aussi tourner autour de deux notions : les bons aliments et les mauvais aliments. Ceux qu’il faut manger et ceux qu’il ne faut pas manger. C’est blanc, ou noir. À ce sujet, tout le monde s’improvise un peu spécialiste : nos mères, grand-mères, collègues, amis… Tout le monde a un avis. Selon la croyance, les fruits et légumes sont de bons aliments, les laitages plus trop, le thé vert : catégorie bons aliments. Les mauvais aliments : le « mauvais » chocolat (ça me brise le cœur rien que de l’écrire), la charcuterie (MAL, bouuuuh), le fromage, les hamburgers, les sandwichs… qu’ils sont vilains !

On perd au fur et à mesure la notion de plaisir. Puisque manger fait prendre du poids, il faut donc manger « utile » et non par plaisir. Le programme devient de moins en moins joyeux.


Les mécanismes de culpabilisation


La restriction cognitive n’est pas un état stable, il s’agit en fait d’une alternance entre une phase de contrôle (source de beaucoup de frustration) et d’une phase de désinhibition (source de beaucoup de culpabilité). Je suis sûre que beaucoup se reconnaitrons dans ce schéma. Il y a tout un système de gestion des écarts qui se met en place : si vous craquez pour un aliment de la team « C’est MAL », vous allez aller à la salle de sport ou ne pas manger au repas suivant. Pratique d’ailleurs ces appareils de sports qui vous annoncent le nombre de calories dépensées pour pouvoir éliminer ces écarts…

Pourtant le problème n’est peut-être pas tant l’aliment que la quantité consommée.


Les régimes alimentaires (phase de contrôle)


Le choix est grand ! Des régimes nous en connaissons tous, certains plus ou moins validés par le corps médical, certains plus ou moins présents médiatiquement. Parmi les plus connus nous avons : Weight watchers, soupe de chou, Dukan, Atkins, Chrono-nutrition, Dr Cohen, Citron détox… Les apports caloriques dans ces régimes vont de 575 kcal/jour (citron détox) et jusqu’à 2638 kcal/jour (l’une des phases du régime Ducan). La plupart de ces régimes ont été dénoncé par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) et pourtant les publicités télévisées vont toujours bon train.


Les troubles alimentaires (phase de désinhibition)


Passons à la seconde phase : celle de la désinhibition.

Très souvent le contrôle alimentaire ne va pas tenir, en effet, la grande majorité des personnes capables de maintenir totalement ce contrôle alimentaire sont les personnes souffrant d’anorexie. Dans la population générale, c’est beaucoup plus rare.

Quand le contrôle ne tient pas apparait la phase de désinhibition.

Cette phase démarre :

  • Quand on est exposé aux aliments « interdits » (assez facile : repas de familles, restaurant, en famille, évènements festifs ou au contraire stressants, la liste est longue)

  • Lors de prise d’alcool, médicaments ou autres substance (état d’euphorie, de désinhibition)

  • Lorsqu’il y a une surcharge cognitive, c’est-à-dire qu’il y a trop de choses à gérer. Typiquement : un état de fatigue, de stress ou des situations émotionnellement chargée

Durant la phase de désinhibition, on constate plusieurs choses : soit de l’alimentation dite compulsive (dans le cas de la boulimie notamment), soit des moments de grignotages, plus intenses et proportionnellement plus importants que du grignotage « classique ».

Ces moments de compulsions sont quasi-systématiquement tournés vers des aliments « interdits » (il est rare de se tourner naturellement vers une salade verte dans ces moments).


Ce mécanisme de restriction cognitive ne concerne pas seulement les personnes atteintes de troubles alimentaires, peut-être avez-vous reconnu certains de vos propres comportements.

Le problème aujourd’hui réside dans le fait que la restriction cognitive est encore peu comprise et entendue par le personnel médical (médecin nutritionniste, professionnels de la nutrition) et souvent prescrit par ces derniers.


Risque surpoids et obésité
Source : conférence de Delphine Rommel - La restriction cognitive ou prescription de troubles des conduites alimentaires

Il est aujourd’hui reconnu que la restriction cognitive participe grandement à la prise de poids et à l’obésité.


Quelles sont les solutions proposées ?


Voici quelques pistes de réflexions quant à ces comportements qui peuvent nous rendre la vie difficile :

  • Introduire un peu de souplesse

  • Faire l’expérience d’une alimentation plus intuitive : être à l’écoute de son corps, reconnaître et respecter ce que désire votre corps, écouter sa sensation de faim et de satiété

  • Apprendre à différencier la sensation de faim et l’envie de manger

  • Reconnaître que notre poids de forme n’est pas forcément notre poids idéal (nous ne sommes peut-être pas biologiquement faits pour peser ce poids-là)


En conclusion, encore et toujours : faites-vous plaisir et surtout faites-vous confiance !



Pour aller plus loin :

Pour celles et ceux qui sont intéressés par ce sujet, voici quelques sources et ressources utilisées dans le cadre de la rédaction de cet article :

- Vidéo de l’université de Nantes, conférence de Delphine Rommel - La restriction cognitive ou prescription de troubles des conduites alimentaires

https://www.youtube.com/watch?v=jZVLCeUpyC8&t=86s

- Site officiel de l’ANSES : https://www.anses.fr/fr

- Espace Nutrivigilance de l’ANSES : https://www.nutrivigilance-anses.fr/nutri#!

- Vidéo témoignage : https://www.youtube.com/watch?v=Hl3x8LQa07k


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